Gamification : une vraie fausse bonne idée ?

Il y a quelques semaines Bertrand Duperrin publiait un billet très intéressant intitué : Gamification, Souvenez-vous que le badge est la récompense !

Au cas où certains d’entre-vous auraient encore des doutes quant à ce qui peut se cacher derrière cet anglicisme, je les renvoie aux définitions en ligne :

Selon advergame :

Pour résumer, la gamification est la généralisation de mécanismes issus du jeu-vidéo dans des domaines qui n’étaient pas censés a priori les utiliser.

C’est une nouvelle étape de la numérisation des services, après avoir porté sur le net ou le mobile des comportements de la vie réelle, la prochaine étape est d’y intégrer des mécaniques de jeux. Les avantages et objectifs sont nombreux : simplicité de la prise en main, immersion et engagement de l’utilisateur, fidélisation, conversion, amélioration des temps d’exposition, etc. Ce phénomène semble fonctionner dans le monde numérique (à travers des ambassadeurs à succès célèbres comme Foursquare) mais s’il a la capacité de se généraliser à la vie réelle, là ça devient fascinant.

La mise en oeuvre de ces mécanismes au sein de la relation client comme de la relation employé est probablement la dernière tendance lourde au service de l’engagement !

SalesForce avec l’outil Rypple ou encore les différentes solutions d’aide à la prise en mains d’outils tiers comme Bunchball ou Kudosbadges pour IBM Connections montrent bien l’intérêt de la « ludification ».

Y, une génération infantile ?

Il paraît que Frédérick Taylor disait :

« Le travail est principalement constitué de tâches simples et pas particulièrement intéressantes. La seule façon d’obtenir des gens qu’ils les exécutent est de les inciter correctement et de les surveiller attentivement ».

La gamification est une « nouvelle » façon d’obtenir que les gens exécutent leurs tâches et c’est tout ?

Peut-être et si c’est le cas, c’est prendre la génération Y et les suivantes pour une bande de gogos infantiles !

Ces générations ont fait le succès du jeu vidéo, succès qui a considérablement enrichi les interfaces des solutions informatiques que nous utilisons, mais elles ne sont pas dupes de leur engouement.
Elles ont toujours choisi quand elles voulaient jouer, avec quel jeu et plus nombreux sont les échecs que les « blockbusters », si je peux me permettre cette analogie avec le cinéma.
Ces générations ont également un rapport plus « décontracté » au sein des écosystèmes dans lesquels elles existent.
Mais, surtout, ces générations ont globalement des niveaux d’éducation et d’information plus important ; cette richesse et cette diversité de savoirs modifient considérablement la donne.

Génération Y : fatriarcat et altruisme ?

Pas si simple, d’abord parce que si le « fatriarcat » est probablement une des caractéristiques de cette génération, elle est surtout vraie pour ceux qui sont « du bon côté » de la fracture numérique.
Même si dans nos économies occidentales, beaucoup d’entre eux « finiront » cols blancs, il y en aura également un grand nombre à rejoindre les cols bleus.
En matière d’altruisme (et non plus de solidarité), certains comportements (engagement humanitaire, sensibilité écologique, par exemple) pourraient nous laisser penser que cette génération a plus le souci des autres, peut-être, mais cela reste à voir (à mon avis).
Ce qui a surtout de nouveau (et d’intéressant) chez une partie importante de cette génération, c’est une capacité à imaginer sa vie en décalage par rapport aux « modèles » en cours, mais également à la mettre en scène, à la réaliser, en utilisant les outils, les moyens, à sa disposition !

Et à ce niveau, c’est un véritable gouffre qui s’ouvre devant les éditeurs de solutions (SCRM, ERP, social software) !

A force de contraintes et de vraies mauvaises habitudes, certains éditeurs espèrent qu’en mettant une dose de « gamification » leurs solutions seront à même de contribuer à apporter les réponses ou les éléments de réponses qui seront attendus demain.

Malgré notre optimisme, on ne voit pas comment !

Gamification Ethics (by Kes Sampanthar)

En effet, pas de nuance, que du systématisme qui tue le plaisir, n’est-ce pas ?

Ce n’est pas tout : la gamification est un système de récompense pour celui qui y participe, mais qu’en est-il pour celui qui la met en oeuvre ?

La question est ouverte et bien souvent les réponses sont absentes et les explications confuses : on comprend bien l’utilisation à des fins marketing, profilage clients, de ces informations, mais quand on « touche » à des applications utilisées dans le cadre professionnel, on peut s’interroger sur les attentes réelles de l’entreprise et sur les conditions d’utilisation des informations recueillies tout autant que des conditions dans lesquelles elles le sont (incitation « lourde », coercition, « mensonges » ?).

Sans gouvernance (loyauté et transparence) et sans nuance dans sa mise en oeuvre, la gamification sera probablement une idée qui ne produira pas les résultats escomptés !

Il est assez consternant de voir l’apparition de « nouveaux comportements » favorisés par des outils et des technologies et de vite constater qu’on tente, à marche forcée, de faire « rentrer l’innovation comportementale » dans les schémas hérités du siècle dernier !

« On n’attire pas les mouches avec du vinaigre » selon un dicton populaire, et il est vrai « qu’il ne faut pas prendre des vessies pour des lanternes« , aussi Messieurs les éditeurs mettez une bonne dose de sociologie, de psychologie, de jeu dans votre approche (arrêtez le systématisme) pour nous apporter des solutions innovantes, créatrices, anticipatrices de besoins de demain et des générations qui commencent à entrer dans les entreprises.

A défaut, la gamification aurait pu être une vraie bonne idée !

9 réflexions sur “Gamification : une vraie fausse bonne idée ?

  1. Je vais pour une fois tenter de plaider à décharge même si je partage une bonne partie de tes constats ;-)

    Je pense que nous ne sommes qu’au début de cette tendance. Les tentatives actuelles de gamifications sont navrantes tellement elles sont éloignées des concepts et des bases des jeux actuels : évidemment pas d’un point de vue technologique ou graphique mais bien du point de vue des stratégies et des règles sur lesquels ils sont basés. Ces badges et autres incentives ridicules feraient exploser de rire mes enfants… Les contests à la Klout sont limites insultant parfois… Et ne parlons pas de ces pseudos experts bricoleurs qui parce qu’ils répondent à tout et n’importe quoi, arborent ces 5 étoiles tant désirées comme le Graal d’une reconnaissance qu’ils n’ont plus par ailleurs… Je passe aussi sur l’aspect « scolaire » et vieux relent d’évaluation déguisée que certaines approches sembles pousser !

    (Finalement il est pas tant à décharge que ca mon plaidoyer… J’aurais été nul comme avocat !)

    C’est bien là ou se situe pour moi le problème, la gamification n’est pas une fin en soi, c’est un moyen au service des stratégies d’engagement. Elle doit être utilisée avec parcimonie, avec des objectifs clairs et dont le sens est compris par les utilisateurs. Et prendre comme prétexte la soit disant arrivée de génération XYZ, digitalement joueuse et zappeuse comme ils disent, pour vendre cette soupe infâme, c’est juste la certitude d’un échec assuré.

    La gamification peut accompagner l’adoption de nouveaux usages, explorer de nouvelles façon de travailler, casser la monotonie de certains rituels (l’alimentation et la mise à jour des profils…), sensibiliser et parfois permettre de partager la stratégie ou les objectifs business. Elle doit être polyforme, évolutive, adaptée aux objectifs et enjeux qu’elle doit servir. C’est pour moi l’une des facettes de l’animation et du management des dynamiques sociales et ca va devenir un vrai métier pas juste des fonctionnalités toutes plus bancales et génériques les unes que les autres.

  2. J’abonde dans ton sens. La gamification est un levier très intéressant pour un certain nombre de choses mais la frontière entre le vrai levier et ce qui constitue ni plus ni moins qu’une vision infantilisante de l’entreprise et de la force de travail est pour le moins très fine. (Je suis sur que tu as suivi les nombreuses discussions sur le sujet avec Luis Suarez ces dernières semaines).

    Maintenant, en prenant un peu de recul, c’est la conséquence logique d’une approche de l’entreprise qui au lieu de s’attaquer au fonds, à la structure, traite le problème par des mécanismes superficiels d’adoption d’une logique de « réseau/communautés » de surface qui n’est finalement qu’un relooking de façade d’un système qui reste inchangé.

    • Merci Bertrand,
      Ce relookage est inquiétant car il tient à l’incapacité de nombreux C à imaginer l’entreprise et l’organisation autrement que ce qu’on leur a enseigné et que ce qu’on leur demande de faire !
      Les entreprises et l’économie en général ont besoin de patrons, de leaders, et non de personnes uniquement préoccupées par leur image (communication et postures).
      Performance économique et sociale se réalisent sur le terrain et dans l’innovation avec empathie !
      Sortez les pavaneurs, les gens « normaux », les fades, ……
      À bon entendeur ;-)

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