Quel(s) leadership(s) pour des communautés efficaces ?


Quand on parle réseaux et communautés, il y a bien un point sur lequel tout le monde est d’accord : ce n’est pas le terrain de prédilection de l’ownership mais plutôt celui du stewardship !

communautéSi le stewardship (Stewardship is now generally recognized as the acceptance or assignment of responsibility to shepherd and safeguard the valuables of others) est clef, c’est bien parce qu’à l’instar de ce qui est reconnu dans l’univers de la donnée, il a également un grand rôle à jouer dans la valorisation du travail en réseau et au sein des communautés.
Le stewardship est un des aspects du « community management » dont il « légitime » le rôle en lui donnant de l’importance au delà des considérations d’animation qui sont lourdes et parfois ingrates.

Mais, quand bien même cette animation et cette « gestion » est pleinement assurée et assumée, le succès des communautés – en terme de résultats – tient d’abord au leadership de un ou plusieurs de ses membres.

De même que dans un réseau l’ownership n’a pas de sens en termes de valeur en ce qui concerne les contenus, la propriété ou la création d’une communauté n’apporte rien !
Ces notions de propriétaires ou de créateurs ont été mises en oeuvre par les fournisseurs de solutions afin de gérer les habilitations !
C’est donc une dimension purement technique qui n’apporte rien à la valeur ajoutée du réseau et des communautés qui y interagissent.

Les réseaux, la wirearchy telle que décrite par Jon Husband, les communautés ne peuvent prétendre à produire des résultats sans être les lieux d’expression des leaders !
Le(s) leadership(s) trouvent dans les réseaux les meilleurs « terrains de jeu » pour s’exprimer, acquérir une légitimité et apporter ainsi des réelles perspectives aux organisations.

De mon point de vue, le leadership c’est la capacité à formuler un « vision » et à mettre en place la stratégie qui permettra la réalisation de cette vision !
Pour autant, le leadership peut être décliné de nombreuses façons et sa capacité d’évolution, voire de transformation, en font une des rares qualités plus que jamais indispensables pour réussir l’entreprise de demain.

Une des difficultés avec le leadership, c’est qu’il n’existe que dans la reconnaissance des autres à l’instar de la légitimité.
Parc contre, c’est une qualité qu’il est possible de développer et de ce point de vue ce ne sont pas les offres de « coaching » qui manquent, probablement des plus fantaisistes aux plus sérieuses !

Quelle que soit la démographie de la communauté (interne à l’entreprise, ouverte aux clients sur les réseaux sociaux par exemple), ses conditions d’accessibilité ou encore ses origines, elle a été initié au service d’un ou plusieurs objectifs.
Ces objectifs représentent souvent la « matérialisation » de la vision et sans eux il est plus difficile de bien comprendre la vision exprimée par un leader !

visionMais décliner un ou plusieurs objectifs n’a jamais fait une stratégie !
Le leadership se reconnaît dans sa capacité à décider d’une stratégie pour la réalisation de cette vision au travers des objectifs atteints selon les étapes prévues.

Le leader est donc celui qui a un moment sait recruter, convaincre, comprendre, déléguer et faire confiance aux ressources, aux talents qu’il « embarque » à ses côtés.
Un type de profil rare (quoiqu’on en pense et écrive sur le sujet) dans l’entreprise traditionnelle, parfois objet d’hostilité et/ou de défiance et toujours prompt à être un bouc émissaire idéal en cas d’échec dans le monde « tout propre » du reporting !

L’entreprise de demain évoluera dans les réseaux et utilisera les communautés pour assurer au mieux la performance économique et sociale qui lui est assignée.
Mais la configuration nouvelle des échanges implique de nouveaux types de leadership !
En effet, la confrontation qui est une source de richesse des échanges est potentiellement également une source de rivalité entre leaders réels ou prétendus.

Seuls les meilleurs seront reconnus pour leur leadership, mais il nous faut toujours garder à l’esprit que le leadership sur un secteur, dans un domaine, une pratique, n’a pas de caractère universel ni intemporel et qu’à tout moment la reconnaissance des pairs peut ne plus être là !

La communauté par son caractère pragmatique et la permanente exposition donc évaluation de ses membres et de leurs contributions (ou absence de contribution) pousse à accepter que le leadership ne soit pas le fait d’une seule personne : le leadership partagé.

Edith Luc écrivait en 2011 sur son blog :

Le leadership partagé se définit comme étant un processus d’influence multilatéral, dynamique et réciproque entre des personnes en vue d’atteindre un but commun et qui demande la contribution du leadership de chacun. Mais pour cela, certaines conditions à l’exercice du leadership partagé doivent être valorisées.

        1. Des compréhensions communes, claires et partagées sur les enjeux, les défis, les besoins à répondre, les ressources;
        2. Un but commun qui engage le cœur et l’esprit des membres;
        3. Un capital collectif de confiance ou, plus spécifiquement un sentiment d’efficacité collective fait d’un capital de coopération, de réussites, de compétences et de confiance mutuelle;
        4. Des rôles, responsabilités claires à l’intérieur des imputabilités définies et respectées;
        5. Un dialogue de niveau supérieur
        6. Un leadership personnel qui s’actualise continuellement
        7. Une approche à l’apprentissage en T

Les réseaux, la wirearchie, les communautés bousculent toute l’entreprise, son organisation, son rapport avec ses partenaires, ses clients, ses collaborateurs.
Il n’est donc pas étonnant que de nouveaux types de leadership émergent !
Mais il est presque inquiétant de constater à quel point ont été valorisées jusqu’alors des qualités et des pratiques ouvertement contre productives dans un environnement de réseaux et un travail en communautés.

Découvrir
On parle beaucoup d’empathie, d’écoute, d’expérience mais depuis plusieurs décennies ces comportements aujourd’hui valorisés étaient considérés comme les caractéristiques des indécis, de ceux qui n’osaient pas, des sans charismes !

Les communautés efficaces n’ont pas besoin de grandes gueules et ne supportent par les autocrates, ni les trolls, pour autant elles sont construites avec rigueur autour de règles de travailler ensemble et de respect de la pertinence de l’autre !
Et il nous reste encore beaucoup à faire !

Et pour mieux vous en rendre compte permettez-moi de vous proposer de lire ce billet Social Business is dead …. publié sur MIT|SLOAN dans lequel Gerald C. (Jerry) Kane écrit notamment :

Today, being effective at social business is requiring greater sophistication across multiple digital domains. Companies must have the talent necessary to make sense of the data generated by social platforms and the operational infrastructure in place to respond quickly to real-time events; they’ll also need to leverage automated support for engaging in an increasingly complex social environment. Social business isn’t just about social business anymore, but it is converging with other emerging digital trends to generate a “perfect storm” of digital disruption.

Le partage, second pilier de l’entreprise de demain


Pour beaucoup, la collaboration et le partage c’est du pareil au même.
Mais il est d’usage de distinguer le partage, du simple support à la pratique collaborative, car il représente une opportunité de valeur différente.

share-button-on-keyboard-665x442Il ne représente pas directement une valeur ajoutée opérationnelle quand bien même il est une part de celle-ci dans le cadre de la gestion de projet.
C’est également un pilier de l’Entreprise 2.0 car il est au cœur des processus mis en application par les organisations pour plus d’efficacité et d’efficience.

Le partage est aujourd’hui grandement facilité par la multitude d’outils qui aident à sa mise en œuvre avec plus ou moins de discrétion et/ou de contrôle et de sécurité.
Mais le partage tel que nous l’entendons va beaucoup plus loin que la simple mise en commun d’une information (ou d’un fichier) ou de plusieurs données contextualisées.
Dans l’Entreprise 2.0, il s’agit de partager la connaissance, c’est-à-dire une information ou un assemblage d’informations utiles et utilisables dans un contexte particulier.
La gestion (donc le partage) des connaissances représente un vrai gisement de productivité pour les entreprises et de valorisation personnelle pour les individus.
Pourtant derrière une convergence de façade se cache une profonde distorsion d’intérêt : la connaissance est source de pouvoir et la partager, c’est accepter d’en perdre.
L’entreprise de demain doit, afin d’espérer valoriser à son avantage cet énorme capital de connaissances, bousculer la donne du pouvoir et des hiérarchies établies.
Et ceci s’appliquant tout autant aux structures de petite taille.
Très souvent dans les organisations, il est d’usage de confier des responsabilités à ceux qui « pensent savoir » plus souvent qu’à ceux qui s’engagent.
Hors la petite et moyenne entreprise a souvent plus besoin d’engagement de ses collaborateurs que d’une connaissance «académique».
Mais, il est difficile d’imaginer d’abandonner une parcelle de pouvoir sans contrepartie.

La contrepartie que le collaborateur va trouver dépend de l’entreprise.
Celle-ci peut inciter ses employés à partager plus leurs connaissances en les mettant plus au service de la communauté.

On a beaucoup parlé des techniques de gamification qui donnent des bons résultats dans certains contextes.

Mais ceci est possible également par l’instauration de nouveaux critères d’évaluation et de promotion des collaborateurs liés à la notion d’engagement (par exemple : contribution, participation, proposition) dont l’appréciation ne peut se faire que dans des espaces collaboratifs et dans l’échange.
Les projets collaboratifs et de partage de connaissance sont des projets « structurants » de l’entreprise de demain et ils doivent être conduits avec rigueur afin, notamment, d’identifier les points de blocages éventuels mais aussi les sponsors et ceux qui dans l’entreprise seront les premiers à souhaiter pouvoir participer à ces projets parce qu’ils ont déjà identifié les bénéfices qu’ils pourront en retirer.
wirearchy

La mise en œuvre par les responsables des ressources humaines de démarches « d’exploitation de l’intelligence collective » (et de son corollaire, à savoir l’émergence de la notion de hiérarchie horizontale qui va modifier la donne des évaluations) est un facteur d’accélération du partage de connaissance.
La notion de hiérarchie horizontale (« wirearchy » selon Jon Husband ) est un « concept » qui permet de mettre en œuvre ces nouveaux types d’évaluation.

Elle est devenue courante dans les réseaux sociaux où les personnes « like » ou « dislike » apprécient des propos, des contenus, et donnent des notes.

leader vs managerIl s’agit dans un groupe, un espace, une communauté, de mettre en œuvre les moyens qui permettent aux participants de ce groupe de juger (et de publier leur appréciation) de la pertinence, de la qualité, voire du leadership, d’une personne dans son rôle au sein du groupe (rising stars).

Ce concept a deux avantages pour les employés :
• le premier est qu’on peut être reconnu comme très pertinent dans un rôle et dans un espace et moins dans un autre (ce qui est souvent le cas dans notre vie quotidienne) ;
• le second est qu’il permet au collaborateur de mieux « se connaître » et ainsi de mieux valoriser son engagement au service de l’entreprise, laquelle y trouve un énorme avantage en permettant à ce collaborateur de s’épanouir dans sa « zone de confort » et ainsi d’éviter frustration et absence de loyauté.

Le partage permet de révéler des modes de fonctionnement plus pertinents car souvent plus simples et très orientés résultats.

Parlons-en ensemble le 26 septembre à Yverdon à l’occasion de la conférence : Innovation, Start-Up et PME 2.0.

Bosch case : the social business principle

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E 20 : quelle maturité pour quelle organisation ?


En préalable à ces quelques réflexions, je souhaite signaler le billet publié ce matin par Bertrand Duperrin « Collaboration Sociale en Europe : leadership et incompréhension » mais également remercier les contributeurs à un récent échange sur Google + à propos de la mise en oeuvre d’un projet de réseau social d’entreprise.

Sans refaire l’historique des débats, ni l’exégèse des informations publiées par PAC dans son rapport « Social Collaboration en 2013 en Allemagne, en France et au Royaume-Uni« , je voudrais revenir sur une proposition de Thierry de Baillon, proposition de renverser le workflow « classique » vision -> projet -> accompagnement pour travailler avec une approche du type attentes -> prototype -> leadership.

Les attentes

Elles peuvent être nombreuses, riches, pressantes, urgentes, techniques, fonctionnelles, etc., et elles dépendent de celui (l’individu ou l’organisation) qui les exprime.

D’un point de vue business les priorités (les attentes les plus fortes) varient selon les organisations et les pays (culture?) ainsi que le montrent l’étude de PAC.

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Le prototype

La solution qui supporte les initiatives « social business » est importante et doit faire la part belle à l’UX.

L’appréciation du prototype se fait au regard des fonctionnalités qu’il propose en réponse aux attentes, mais également à la manière dont celles-ci sont mises en oeuvre dans une logique de services.

Cahier des charges, utilisateur clef, veille technologique (évolutivité) mais également « intégration » avec un socle existant sont les clefs pour mener à bien un prototypage efficace.

En effet et quand on s’arrête sur la nécessaire phase des arbitrages (Must Have vs Nice to  Have), la sécurité est un point essentiel pour le choix et l’implémentation d’un outil  du type réseau social d’entreprise ou plateforme collaborative.

sécurité

Mais selon les organisations, les projets, la demande d’une intégration ECM, ou ERP  ou encore outil BI sera plus ou moins forte.

disparite fonctionnalités par pays

Et enfin le leadership !

J’ai consacré plusieurs billets au leadership  et je ne suis pas le seul.

Il est intéressant de noter (une fois de plus) l’unanimité quant à la nécessaire implication (sponsoring) des dirigeants de organisations dans le déploiement des initiatives de « social business ».

sponsors internes

Mais ce qui est probablement plus intéressant avec les réseaux sociaux réside dans la stratégie et les objectifs.
C’est dans le quotidien et les échanges que se dessinent les leaders (leadership partagé ou pas) et les porteurs de message qui, en dehors des schéma et des relais classiques, font avancer les projets, les débats, les idées, et ainsi les organisations vers une meilleure performance sociale et économique.

Le leadership n’est pas universel dans l’entreprise (à de très rares cas) mais il est utile de repérer au travers des communautés les talents, les pertinences que ce soit en terme de réflexion, d’organisation ou encore de vision, qui serviront au mieux les objectifs des initiateurs et des membres de ladite communauté.

De ce point de vue, il est essentiel de réfléchir à la manière dont nous souhaitons voir émerger le leadership et comment nous allons lui permettre de se réaliser pour le meilleur intérêt de la communauté.

A votre avis ?

E 2.0, social business : même pas peur, quoique ….


La transformation des entreprises vers des organisations plus collaboratives, plus ouvertes, plus transparentes, dans lesquelles le partage de la connaissance est le maître mot pour une meilleure efficacité économique tandis que la « hiérarchie horizontale » vient renforcer une pratique « saine » de relations humaines harmonieuses, reste encore du domaine du rêve, de l’inéluctable et pour certains du « cauchemar ».

Empty bar roomA défaut de voir les projets vaciller, voire pire, échouer, il faut savoir anticiper les CRAINTES légitimes ou pas (c’est selon) qui accompagnent ces nécessaires changements.
L’accompagnement est essentiel et pour tout le monde tant personne n’est à l’aise avec l’entreprise 2.0 IRL !

Il ne suffit pas de décider, pas plus  que de le décréter et les pratiques incantatoires sont illusoires : le changement se fera sur l’impulsion d’un leadership fort (partagé ou individuel) et une pratique managériale participative, faite de beaucoup d’empathie et d’assertivité.

Le changement est une valeur forte (du moins pour beaucoup d’entre-nous) car il est souvent considéré comme porteur d »amélioration deans tous (beaucoup) de domaines.
Mais la mise en oeuvre du changement devient source d’angoisse quand, concrétement, elle nous contraint à « sortir » de notre confort et à agir différement !

Au niveau individuel, l’entreprise 2.0 c’est pour beaucoup une zone de risques car elle demande de l’engagement !

Il est vrai que la prise de parole  est une prise de risque et les pratiques managériales de ces dernières décennies ont largement contribué à instaurer un « climat de défiance » dans le domaine de « la libre espression »en entreprise !

Alors comment donner envie aux collaborateurs de « donner plus » non pas en terme de travail ou de productivité horaire, mais en terme « d’implication personnelle » ?
L’offre technique suffit-elle pour lancer les projets?
Faut-il privilégier les outils (applications) utilisées à titre personnel comme le dit Frédéric Charles ?
Est-ce le moment de réfléchir à de « nouveaux contrats » ?

Tout autant de questions dont les réponses sont intimement liées à notre « tempérament », mais également à notre formation et à nos projets professionnels (plan de carrière par exemple)

L’organisation partage une part de responsabilité dans la production des réponses car, de son côté le changement est également une source de craintes et de risques quand bien même il serait à l’origine d’un « mieux », d’un « plus économique » !

Favoriser l’engagement est un risque pour l’entreprise, à moins de ….

A moins de mettre en oeuvre un contrôle strict ?
Pourquoi pas mais la liberté surveillée est-elle favorable à l’engagement ?
On constate que les contributeurs actifs sont peu nombreux, n’est-ce pas contre productif de les encadrer d’une manière trop « restrictive » ?

Comment établir la confiance sans laquelle la pratique collaborative ne peut produire ses meilleurs résultats ?
Bien sur, il faut accompagner (je n’aime pas le mot encadrer) et se poser les « bonnes questions (voir le billet de Maître Aurélien Van de Wiele du cabinet Alain Bensoussan au sujet des RSE) !

Nombreux sont les collaborateurs qui demandent cet accompagnement (voir l’étude de l’atelier sur Ouest France Emploi en Ille et Vilaine et Morbihan)

« À une époque où l’on recherche la transparence, contrôler la parole est contre-productif. On préfère écouter une personne parlant de son métier que le discours officiel de l’entreprise » affirme Carole Sottel, responsable adjointe du recrutement de BNP Paribas.

Alors, où est l’équilibre ?

Quels sont les équilibres ?

Ne rien faire est également une prise de risques !

Les réponses sont à chercher dans votre culture, dans votre histoire et dans la capacité de votre capital humain à créer, imaginer, travailler, avancer ensemble, en cadence et à votre rythme !

Le risque engendre la crainte ou la peur, mais la prise de risques est également source de bénéfices et de résultats !
Tout ne serait question que de bon sens, d’attention et d’équilibre ?

L’entreprise 2.0, ce n’est pas que du business, des procédures, des ressources, c’est avant tout une valorisation de l’humain au travers de ses activités sociales et économiques, pour le bien de la communauté !

Mais là, on s’égare, non ?

Parlons-en, voulez-vous ?

L’entreprise de demain [#e20] – libérée, jusqu’où ?


Etendue, virtuelle et maintenant libérée, il n’y a pas de tabous quand on parle de l’entreprise de demain !!!

Tom Peters en 1988 a lancé le concept de « l’entreprise libérée » dans un ouvrage dont vous trouverez sous ce lien une critique particulièrement intéressante de Sylvie Voegele [L’entreprise libérée : libération, management (Tom Peters) . In: Réseaux, 1993, volume 11 n°61. pp. 145-146].

Plus récemment, c’est au tour de Brian M.Carney et Isaac Getz de nous livrer une « nouvelle version » à paraître en français chez Fayard en 2012 sous le titre de Liberté & Cie (l’ouvrage a été publié en octobre 2009 en anglais sous le titre Freedom Inc.).

Nul doute, l’entreprise doit, selon nos gourous du management et du marketing perso, se libérer !!

Mais de quoi ? de qui ? de quelles entraves ?

Franchement, je n’avais jamais vu l’entreprise comme un « objet » social en quête d’une quelconque libération !
Mon manque de discernement est probablement dû au fait que les entreprises ne savent pas, elles-mêmes, qu’elles doivent être libérées (depuis le temps que l’entreprise existe, ce comportement doit être une conséquence du syndrome de Stockholm !) ni pourquoi !

Essayons d’y voir un peu plus clair et de comprendre de quoi et/ou de qui il FAUT libérer les entreprises.

Tout d’abord, si les entreprises souffrent d’aliénation, il y a probablement autant de cas que d’entreprises et il est regrettable de ne pas pouvoir y réfléchir avec à l’appui quelques exemples concrets (si ce n’est toujours les mêmes, dont le désormais légendaire cas Zappos).

Nous asséner qu’il faut sortir des hiérarchies verticales, oublier les silos métiers, responsabiliser TOUS les collaborateurs, émuler les échanges transverses,  favoriser l’intrapreneurship, et que sais-je encore, c’est bien, mais est-ce suffisant pour une action et un programme de libération de l’entreprise ?

A lire, relire, écouter ou regarder les nombreuses interventions de ces « visionnaires » du management, j’éprouve toujours quelques difficultés à « recoller » avec la réalité des entreprises que je côtoie !
Apparemment et selon ma compréhension, l’entreprise doit se « libérer » de ses manières de faire et d’être pour mettre en oeuvre un nouveau modèle, ah bon   ! so what ???
La « libération de l’entreprise », c’est un peu la « tarte à la crème » du management : un sujet qui entre dans la catégorie « racoleur »  ou thème de séminaires pour managers soucieux d’optimiser leurs crédits de formation continue !
D’accord, je force un peu le trait !

Et le simple fait d’en parler dans ce billet n’est-il pas le signe que derrière cette formulation se cache une vraie réflexion servie par des « projets » sur le terrain ?

La réalité de bon nombre d’entreprises !

Il y a consensus dans le constat que l’entreprise, dans son management, est entrée dans une nouvelle phase et que de nouvelles pratiques apparaissent dans certaines d’entre-elles.

Au delà de cette affirmation, les choses sont loin d’être simples :

  1. L’entreprise s’inscrit dans une logique de profitabilité qui en est sa principale caractéristique (sinon, c’est une association à but non lucratif!)
  2. Les expériences présentées sont probablement (trop) partiales et  vont toutes dans le même sens, alors que sur le terrain il y a encore beaucoup de questions, de frustration, voire de remise en cause de ces « nouvelles pratiques »

La logique de profitabilité

Nul besoin de faire un dessin et je vous renvoie vers l’excellent billet de Bertrand Duperrin publié la semaine dernière : Quel business model personnel dans la nouvelle économie ? mais également au livre Race Against The Machine: How the Digital Revolution is Accelerating Innovation, Driving Productivity, and Irreversibly Transforming Employment and the Economy publié récemment par Erik Brynjolfsson, directeur – MIT Center for Digital Business – et Andrew McAfee.

La logique de rentabilité inhérente à toute activité économique conduit à chercher en permanence – c’est à dire à innover – les meilleures pratiques managériales et de gestion des relations humaines au service de la profitabilité.
Nul n’est besoin d’être ou de se qualifier d’expert pour imaginer que les cas sont nombreux, très différents selon l’histoire, l’organisation, les marchés, etc., des entreprises et que l’évolution sera affaire de temps, d’expériences réussies, mais surtout de leadership, d’accompagnement et d’envie !
Sur ce point, je retiendrai également la citation de Cecil Dijoux :

 mentionnée dans l’article Faut-il déconstruire l’entreprise 2.0 ? mis en ligne la semaine dernière  sur Carnet RH 2.0.

Collaboration, participation : état des lieux

Ni les voeux pieux, ni la méthode Coué, se seront suffisants pour que les initiatives de collaboration dans l’écosystème de l’entreprise réussissent et finissent par imposer un modèle plus ouvert et plus agile !
Il ‘est pas fréquent de lire sur le web, des « témoignages » qui vont à l’encontre du « discours officiel » et qui nous permettent de mieux comprendre les difficultés rencontrées au quotidien dans des entreprises ayant innové dans ce domaine.
Il n’y a pas que des expériences réussies et pour réunir les conditions nécessaires à l’entreprise, il est très utile de recenser les « blocages » potentiels, les zones à risque, etc., et au-delà des théories, il y a beaucoup de cas particuliers.
L’entreprise de demain, à lire certains, est une entreprise du quaternaire, très virtualisée.
mais qu’en est-il des entreprises industrielles, des entreprises de services, des entreprises commerciales, et de leurs employés, collaborateurs, qui ne disposent pas d’un laptop ou simplement d’un ordinateur pour leur travail ?
Comment valoriser la collaboration  via d’autre supports que la plateforme logicielle et en tirer les bénéfices escomptés ?
Comment donner envie à toute l’entreprise d’aller de l’avant et pas uniquement aux cols blancs ?

Ce sont les réponses à ces questions concrètes qui feront la réussite des différentes approches de l’entreprise de demain, plus que les « incantations » des gourous et leurs promesses du « grand soir » !

A votre avis ?